RETOUR
LETTRE DES PROFESSIONNELS DE LA SANTE

A :

Mr le Préfet du Vaucluse,
Mr le Maire de Valréas ,
Mmes et Mrs les membres du Conseil Municipal de Valréas

Mesdames, Messieurs,

Nous, personnel médical ou paramédical, intervenants dans l'Enclave des Papes, tenons à vous informer des risques pour la santé de l'implantation d'un centre d'enfouissement avec méthanisation sur le site choisi : Barriol.

Les lixiviats (on appelle ainsi les liquides récupérés après passage à travers les déchets) contiennent de la matière organique, accessoirement des hydrocarbures, des solvants, des métaux lourds.

Le passage est possible à travers la géo membrane si celle-ci présente des défauts à la pose, lors de tassement des matières (perforation, effet de cisaillement) ou lorsqu'elle devient perméable (recul actuel de 20 ans).

Les eaux souillées traversent alors l'argile compactée qui elle aussi a ses failles (dessiccation, gel dégel. mouvements de terrain).On peut ainsi retrouver dans les eaux qui irrigueront des jardins potagers par l'intermédiaire des puits des métaux lourds tels que le mercure, le plomb, le cadmium pour ne citer que les plus toxiques.

Le cadmium, habituellement utilisé comme revêtement anticorrosion des métaux, comme électrode dans les accumulateurs rechargeables (batteries, cellules photo électriques), les fusibles, les câbles électriques, les pigments pour peintures, s'oxyde lentement en présence d'humidité et est facilement attaqué par les acides (même alimentaires).

La toxicité chronique concerne les reins, les os (douleurs, fractures spontanées). Il y a un excès de mortalité par cancer bronchique ou pulmonaire attribué aux personnes exposées au cadmium. Les données sur la reproduction sont fragmentaires mais il a été rapporté une hypotrophie à la naissance, du rachitisme (VLE=Valeur Limite d'Exposition à 0,05mg/m3)

Le plomb, est couramment retrouvé dans les peintures industrielles, les batteries ou les vieux métaux (étain), les pigments de certaines matières plastiques. Bien que résistant à la corrosion, il réagit en contact avec des oxydants forts (aluminium, sodium, potassium).

La toxicité chronique se manifeste par des atteintes du sang, de l'appareil digestif, du système nerveux, des reins, parfois hypertension artérielle et atteinte osseuse. Si la plombémie (taux sanguin du plomb) atteint 30µg/100ml, il y a des effets sur la reproduction (stérilité, avortements, retard du développement de l'enfant à la naissance).La VLE est de 150µg/m3. Le biogaz, issu de la dégradation des matières organiques est constitué de méthane (principal contribuant à l'effet de serre), de dioxyde de carbone, d'hydrogène sulfuré. Outre les nuisances olfactives, le risque d'incendie et d'explosion est important (l'incendie peut endommager la géo membrane).

Le sulfure d'hydrogène, très inflammable, même au contact de l'air, a une toxicité chronique portant sur le système nerveux (maux de tête, fatigue, troubles de mémoire), l'appareil respiratoire (bronchites), de l'appareil digestif (nausées, anorexie, douleurs abdominales). Il est dangereux pour l'environnement. La VLE est de 10 particules par million=10ppm soit 14mg/m3.


L'acide fluorhydrique (ou fluorure d'hydrogène) rejeté autour des sites de stockage réagit avec l'eau, produisant des fumées blanches. Au contact des métaux, il peut se produire un dégagement d'hydrogène, source d'incendie et d'explosions. L'exposition répétée est responsable d'une irritation de la peau, des muqueuses oculaires et respiratoires, d'atteintes articulaires. Il y a un surcroît de mortalité par cancers (pancréas, sang, appareil génito urinaire) dans la population exposée à ce gaz(VLE à 3ppm soit 2,5mg/m3). La valorisation du méthane qui est proposée se heurte au traitement de ces gaz ainsi qu'à la présence de chlore.



Des études (1) établissent une relation entre vie à proximité d'une décharge et l'apparition de cancers

Même si la solution choisie, décharge contrôlée plutôt qu'incinération, paraît moins toxique, le moindre incident dans l'exploitation ou des fuites à travers la géo membrane, exposera la population à des risques pour la santé.

Le centre de tri des déchets situé dans la zone des Molières entraînera une augmentation du trafic poids lourds en zone péri urbaine avec le cortège de nuisances habituelles (bruit, risque majoré d'accidents, papiers répandus malgré les filets). Cela sans oublier les nuisances olfactives...

Ainsi, ce projet, tel qu'il est proposé, nous expose, à cause de sa situation géographique, à des nuisances pour le sous-sol, le réseau hydrographique et l'atmosphère et augmente ainsi le risque cancérogène pour les populations. Le principe de précautions est plus que jamais justifié.

L'effort des pouvoirs publics doit avant tout porter sur une limitation de la production des déchets.

A défaut, un site garantissant l'absence de contact (même en cas de fuite) entre les lixiviats et le réseau hydrologique serait préférable.

Conscients des risques à long terme pour nous et la population de l'Enclave, nous vous demandons d'employer les moyens nécessaires afin que ce projet ne se réalise pas en l'état.

Ci-joint : Les 44 signataires

(1) Goldberg in Archives on Environnemental health,vol 50 N°6